« En
marche » vers nulle part.
L'Aigre
Doux, mars 2017
Tutti frutti! De
l'ancien secrétaire général du Parti Communiste Robert Hue à Alain
Madelin, ministre très droitier de Jacques Chirac, d'Alain Juppé et d'Édouard
Balladur, Emmanuel Macron candidat ni gauche, ni droite et pas même au
centre malgré le supplétif professionnel permanent Bayrou, réussit le grand
écart absolu. Une invraisemblable salade de fruits, oxymore politique
intenable, qui l'oblige à cette valse- hésitation, ce programme volontairement
imprécis de nature à ne gêner personne, à contenter le plus grand nombre.
Combien de temps
encore le favori des médias, faux-nez des socialistes de gouvernement terminant
en lambeaux le quinquennat de Francois Hollande, maintiendra-t-il cette
périlleuse ambiguïté qui lui permet de surfer sur les sondages?
En plus de son
capital personnel indubitable l'homme en marche vers nulle part dispose d'un
soutien militant du monde de la finance ainsi que celui de la presse jusque là
jamais autant imbriqués l'un dans l'autre. Il jouit par ailleurs d'une
bienveillante tolérance morale et judiciaire sur des arrangements et des
facilités dont n'ont bénéficié ni Marine Le Pen, ni François Fillon, ses
principaux concurrents à l'élection présidentielle.
Le débat de société
opportunément occulté par les « affaires » va cependant dans les
jours à venir, à travers les confrontations entre les candidats, permettre
enfin de recentrer l'intérêt des citoyens sur l'essentiel, de distinguer dans
la sérénade sirupeuse qu'on leur déverse dans les oreilles les paroles noyées
dans la musique, d'apprécier le fond plutôt que la forme.
Suffisant pour sortir
de cette hypnose collective une partie de l'électorat en doute ou en souffrance
après des années de gestion erratique du pays, cherchant dans ce monde enchanté
qu'on leur fait miroiter un espoir flou et incertain ? Pas sûr, tellement les
déceptions sont profondément ancrées dans les esprits, les inquiétudes
justifiées par une rude réalité que le Pouvoir s'est ingénié à minimiser et pas
seulement au cours de ce mandat qui s'achève.
Au « tous
pourris » risque de s'additionner le « tous coupables, tous
responsables », condamnation unanime d'une classe politique dont l'état de
délabrement avancé laisse le champ ouvert à toutes les aventures.
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