2017 : Les élections de la honte

Les accusations pleuvent sur la presse
concernant sa neutralité dans l’élection présidentielle. Beaucoup sont
les citoyens qui affirment que le gouvernement, à travers sa loi
électorale passée en 2016 a contribué à cette asymétrie, permettant de
« falsifier » le jeu démocratique. Voici ce qu’il en est.
L’affaire du débat de TF1
Le samedi 18 mars 2017, Nicolas
Dupont-Aignan a quitté le plateau du 20h de TF1, alors animé par Audrey
Crespo-Mara. Au-delà de son caractère inopiné et de la virulence et de
son acte, son geste nous éclaire sur les dérives médiatiques et
politiques à l’orée de la campagne présidentielle.
En effet, Dupont-Aignan, dénonce le
principe d’un débat prévu pour ce lundi 20 mars en Prime-Time sur TF1,
réunissant les 5 candidats les mieux placés selon les sondages
d’opinions. Hors, 11 candidats sont en lice et les 6 autres se
retrouvent relégués au rang de « sous-candidats ».
Sur ce constat, Dupont-Aignan a saisi le
Conseil d’Etat qui, l’a débouté de sa demande à participer à ce débat
sous l’étendard de l’égalité de traitement. L’arrêt du Conseil d’Etat
dispose qu’il n’y a pas « d’atteinte grave et manifestement illégale au
pluralisme de l’expression des courants de pensée et d’opinion ».
« Compte tenu tant de la représentativité de M. Dupont-Aignan que de sa
contribution au débat électoral, le temps de parole et d’antenne dont il
a bénéficié depuis le début du mois de février 2017 ne traduit pas un
déséquilibre incompatible avec le respect du principe d’équité ».
Cet arrêt est contestable et doit l’être,
tant l’exposition de 5 candidats à une soirée-débat contribue à les
légitimer au regard des français et offre une exposition inouïe, que
n’auront pas les autres candidats, déjà enterrés avant même le début de
la campagne.Il y a donc une
inégalité de traitement flagrante et manifeste, dont une égalité en
temps de parole ne saurait remettre en cause, tant l’exposition
médiatique à une heure de grande écoute face aux principaux candidats
est ici déterminent. Asymétrie donc, mépris assurément, corruption
antidémocratique certainement.
Une manipulation électorale
Pourquoi ce détournement démocratique ?
La faute à des règles électorales trop flexibles. Ces règles électorales
ne sont pas constitutionnalisées et relèvent de la simple loi
organique, modifiable facilement par le Parlement.
En effet, le règlement des élections ne
relève pas du bloc de constitutionalité. Aussi étonnant que cela puisse
paraître, une simple loi organique permet de modifier le règlement des
élections. Elections qui constituent la sacro-sainte liturgie
républicaine, le temps fort de la démocratie, le moment où le peuple se
réunit derrière les urnes.
Dès lors, la voie vers la manipulation
électorale est ouverte. La manipulation d’un scrutin n’est en fait pas
chose nouvelle. On peut se rappeler des élections législatives de 1986
où Mitterrand n’a pas hésité a modifier la loi électorale afin d’ouvrir
le scrutin à la proportionnelle à 15%. L’objectif derrière cela,
contrer la droite républicaine de Jacques Chirac, en faisant entrer 35
députés du FN à l’Assemblée Nationale afin que la nouvelle majorité de
droite ne puisse pas gouverner aussi facilement qu’escompté.
En digne héritier du Machiavélisme, où la
fin justifie les moyens, François Hollande, nous a à son tour concocté
une loi électorale visant à manipuler le scrutin. Le rejeton du
gouvernement Hollande, comme un dernier soupir, un dernier soubresaut,
fut entré en vigueur le 26 avril 2016, sous le terme pompeux et trompeur
de « modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle ». Modernité pour qui ? Allez savoir.
Bien entendu mes chers amis, je vous
invite à consulter cette loi organique sur Légifrance pour mieux
comprendre de quoi il est ici l’enjeu. Je vous ai relevé le passage
litigieux. En voici l’extrait.
Après le I de l’article 3 de la loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 précitée, il est inséré un I bis ainsi rédigé :
« I bis.-A compter de la publication de la liste des candidats et jusqu’à la veille du début de la campagne, les éditeurs de services de communication audiovisuelle respectent, sous le contrôle du Conseil supérieur de l’audiovisuel, le principe d’équité en ce qui concerne la reproduction et les commentaires des déclarations et écrits des candidats et la présentation de leur personne.
« Dans l’exercice de cette mission de contrôle, le Conseil supérieur de l’audiovisuel tient compte :
« 1° De la représentativité des candidats, appréciée, en particulier, en fonction des résultats obtenus aux plus récentes élections par les candidats ou par les partis et groupements politiques qui les soutiennent et en fonction des indications de sondages d’opinion ;
« 2° De la contribution de chaque candidat à l’animation du débat électoral.
« A compter du début de la campagne et jusqu’au tour de scrutin où l’élection est acquise, les éditeurs de services de communication audiovisuelle respectent, sous le contrôle du Conseil supérieur de l’audiovisuel, le principe d’égalité en ce qui concerne la reproduction et les commentaires des déclarations et écrits des candidats et la présentation de leur personne.
« Le respect des principes mentionnés aux premier et cinquième alinéas du présent I bis est assuré dans des conditions de programmation comparables, précisées par le Conseil supérieur de l’audiovisuel dans une recommandation relative à l’élection présidentielle.
« A compter de la publication de la liste des candidats et jusqu’au tour de scrutin où l’élection est acquise, le Conseil supérieur de l’audiovisuel publie, au moins une fois par semaine, dans un format ouvert et aisément réutilisable, le relevé des temps consacrés à la reproduction et au commentaire des déclarations et écrits des candidats et à la présentation de leur personne. »
Il faut ici comprendre que l’on passe
d’un principe d’égalité (même traitement des candidats, sur des bases
identiques) à un principe d’équité (qui permet de moduler le temps de
parole et l’exposition des candidats). Certes, cette règle ne s’applique
qu’avant le lancement officiel de la campagne, mais elle est suffisante
pour adouber, défaire ou porter un candidat. Selon le Conseil
Constitutionnel, « L’équité des temps de parole et d’antenne doit aussi s’apprécier à «conditions de programmations comparables» ». Là se trouve le litige.
En outre, ce principe nouveau d’équité
permet de donner plus ou moins de temps de parole à un candidats en se
conformant à ses scores électoraux antérieurs mais – et – surtout à ses
résultats dans les enquêtes d’opinions. Autrement dit, les sondages. Or,
les sondages sont faits par des sociétés privées, donc dans une
possibilité d’influence par le politique (je ne citerai pas des cas, ils
sont connus).
Il me semble aberrant que la loi
électorale prenne en compte des données provenant du privés, et pouvant
être bidonnées à tout moment. Un homme politique peut facilement avoir
des liens avec les directeurs des instituts de sondages. Et même si la
loi encadre la pratique sondagière en temps de campagne, les dérives
restent possibles. N’oublions pas qu’il s’agit d’un business, mais aussi
d’une photographie de l’opinions sur une question données (souvent
biaisante) à un moment donné. Le temps de parole ne devrait pas se lier
aux sondages et inversement.
Au-delà de cette sondagite aiguë, cette
loi nous parle de l’animation du candidat au débat électoral. Là encore,
il s’agit d’un point de vue totalement subjectif, prêtant à confusion
et ouvrant à toutes les interprétations.
Le citoyen a l’impression qu’avec cette
loi, la presse a les mains libres pour induire un électorat dans un sens
plutôt que dans un autre, et que le gouvernement a cherché à avantager
les grands partis au détriment d’un personnel politique neuf, renouvelé,
aux idées nouvelles.
La tyrannie des partis, la tyrannie médiatique.
Les français se sentent piégés, face à un
système à l’agonie. Ils sentent plus que jamais qu’on tente de leur
voler leur élection. Gauche comme Droite accusent la presse d’adouber
sans complexes le candidat Macron. Je vous renvoie volontiers sur les
liens de celui-ci avec les journalistes et directeurs d’instituts de
sondages et de presse. Certains ne s’en cachent même plus à l’image de
Jean Quatremer qui se vante sur Twitter d’avoir donné de l’argent à En
Marche. Honte, déni de déontologie journalistique, un crachat de plus
lancé au visage des français.
Concernant la bulle « Macron », Thomas Guénolé explique à ce titre « le matraquage médiatique de 2016 a conduit un pan significatif de l’électorat à le trouver intéressant du simple fait de cette surexposition intensive. »
Macron est de fait, une construction médiatique, visant à défendre ses
valeurs et ses interets face à une France de plus en plus défiante vis à
vis de ses pratiques partisanes.
Restaurer la démocratie doit être une
priorité politique. Face à la défiance des français vis à vis des
politiques et journalistes, une prise de conscience doit être émise. On
ne peut plus trafiquer le choix des français, piper les dés de ce moment
républicain, au risque de faire couler le système. Ces pratiques, ne
font que contribuer à aggraver le climat délétère de cette campagne et
nourrir les suspicions envers des médias de plus en plus décriés.
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