dimanche 19 mars 2017

J’ai méfiance dans la justice de mon pays

Par Gilles-William Goldnadel / Vendredi 17 mars 2017 à 17:200
Chapô

L'incorrect. Qui pourrait me donner les références de la loi qui interdirait la critique des institutions judiciaire ou médiatique ?

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Je ne la connais point. Il est seulement interdit de jeter le mépris, en des termes offensants, sur une décision de justice. La dernière fois que j’ai entendu quelqu’un critiquer publiquement un jugement, c’était Benoît Hamon au micro de France Inter. Le tribunal venait de relaxer les policiers poursuivis pour mise en danger d’autrui dans la triste affaire de Zyed et Bouna. Le journaliste intervieweur ne s’en est pas ému ni personne d’autre d’ailleurs. Il ne s’agissait que d’un calvaire judiciaire qui venait de prendre fin et dans le cadre duquel personne ne s’est hasardé à dire que le droit ou la procédure auraient été violés.
Et je ne pourrais pas dire que j’ai mal à la justice française ? Et on m’interdirait d’écrire que je ne réponds plus de la sécurité juridique de mes clients dans les affaires signalées ou fortement médiatisées ? Et on me bâillonnerait si je disais que je n’ai pas confiance dans ces juges de mon pays qui représentent peu ou prou un quart des syndiqués qui me punaiseraient bien sur leur mur pour cause de déviance idéologique ? Et je ne pourrais pas hurler en pensant à cette juge de l’application des peines qui a remis en liberté, contre l’avis de son parquet, un terroriste qui s’est empressé d’assassiner ? Ou qu’il est cosmique, ce hasard qui voit seulement les candidats de droite crucifiés judiciairement autant que médiatiquement en cette période cruciale ? Et je ne pourrais pas affirmer que la précipitation inégalée avec laquelle François Fillon a été mis en examen n’a d’égale que les trois années qu’il aura fallu à la justice pour faire venir devant une juge Mme Taubira, sa ministre distinguée, pour prise illégale d’intérêts ? Et les manifestants du 5 mars au Trocadéro, venus dire qu’ils n’étaient pas dupes d’une duperie, devraient être maudits, tandis que ceux qui crachent sur les policiers pour l’éventuelle erreur d’un seul, bénis ?
On pourrait cracher, gifler, entartrer les politiques et même souhaiter impunément leur mort prochaine lorsqu’ils sont de droite, américains et démocratiquement élus, mais chut ! Défense de critiquer certains juges ou journalistes. Alors je l’écris, la mort dans l’âme, mais sans trembler : dans ce système juridico-médiatique erratique et sans contre-pouvoir, je n’ai plus confiance ni dans la presse ni dans la justice de mon pays.

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