dimanche 19 mars 2017

L’heure du choix.
François Danjou, le 18 mars 2017
La campagne présidentielle s’articule de plus en plus autour de reproches de moralité adressés à François Fillon, à l’exclusion d’une évaluation de ses capacités d’homme politique dont il a pourtant amplement donné la preuve à la fois localement dans la Sarthe et au gouvernement, sur les affaires sociales, sur les retraites et sur l’ajustement des 35 heures. Autant de succès, y compris dans les relations avec les syndicats, ce qui n’est pas rien, tous de bon augure pour les combats qui s’annoncent quand d’autres qui le critiquent ont, plus souvent que lui, abdiqué face à la rue.
A l’extérieur, contrairement à ceux qui continuent à analyser machinalement le défi français selon les vieux stéréotypes d’ouverture ou de fermeture au monde que les commentateurs rabâchent par réflexe mimétique, François Fillon a, mieux que d’autres, perçu que le surgissement de Donald Trump, le choc du Brexit et les crispations identitaires européennes, annoncent la fin du monde néo-libéral globalisé et l’effondrement de l’utopie du « village mondial ». 

Tout son programme répond à une question essentielle rarement évoquée avec autant d’acuité : Comment la France malade et tétanisée par ses propres tourments identitaires peut-elle s’ajuster à ce craquement et avec quelle Europe ? Ceux qui éludent cette difficile réalité font le jeu des extrêmes ou risquent de conduire le pays à l’abime.

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Bénéficiant en revanche d’un a priori favorable d’une part importante des commentateurs et de la nébuleuse socialiste autour du Chef de l’Etat, Emmanuel Macron, auréolé du prestige  fabriqué de sa jeune image, n’a, quand il était à la tête du ministère de l’économie pourtant jamais fait la preuve de ses aptitudes politiques, ni même de ses qualités de grand négociateur d’affaires qu’on lui prête depuis son passage  à la Banque Rothschild.

Parmi les actions conduites par le « Golden Boy » de la politique française paré de toutes les vertus, sa cession à un consortium sino-canadien de 49,9% des parts de l’aéroport de Toulouse Blagnac mérite attention parce qu’elle dévoile un style de travail désordonné, dissimulé et mensonger, méprisant les collectivités locales ayant sévèrement compromis les intérêts français cédés sans contrepartie directe à la partie adverse.

Puisqu’on évoque à jets continus des critères de moralité, voilà un épisode qui mérite de figurer dans la liste des éléments objectifs de choix des candidats. En somme, à l’heure de désigner le chef de l’Etat, en même temps que le chef des armées, responsable de « l’ultima ratio » nucléaire stratégique qui allons nous préférer ? 

Un homme certes près de ses sous et de sa famille, amateur de beaux costumes, mais pétri de la fierté d’être Français, riche d’une longue expérience politique de terrain, parfaitement au fait des dossiers dans tous leurs détails, ayant, au milieu d’un avalanche d’hypocrisies, le courage de nommer clairement l’ampleur des défis qui nous guettent, condition du redressement, dont il a clairement répertorié les étapes par un long travail de terrain de dix années  ;

Ou bien un candidat qui se dit ni de droite ni de gauche, voulant par souci d’image estomper ses racines de la grande finance, mais n’ayant, à son passage au gouvernement, donné d’autres preuves tangibles de son efficacité que la vente à l’étranger de plusieurs fleurons de l’industrie française, épisodes moralement bien plus contestables que les  petites appétences familiales et vestimentaires que les redresseurs de torts qui veulent l’abattre, reprochent à François Fillon.
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La vente de l’aéroport de Toulouse Blagnac aux Chinois.
Retour sur l’histoire vraie d’une faillite française.
Le 4 décembre 2014, le ministère de l’économie français à l’époque dirigé par Emmanuel Macron annonçait l’ouverture de 49,99% du capital de Toulouse Blagnac à un consortium sino-canadien, baptisé Symbiose, à majorité financière chinoise qui a mis sur la table 308 millions d’€.
S’il est vrai que la majorité des investissements chinois en France n’ont jamais posé de problème (le plus gros ayant été l’injection en 2011 par le fonds souverain chinois de 2,3 milliards d’€ dans le réseau exploration – production gaz et pétrole de GDF-SUEZ dont il s’était approprié 30% du capital), le cas de l’aéroport de Toulouse Blagnac constitue une exception néfaste.
L’analyse révèle en effet que le projet est entaché d’une série d’erreurs et de faux pas aggravés par un manque flagrant de communication entre Paris et les collectivités locales. C’était en effet la première fois qu’après une opération de rachat chinoise un recours en annulation était déposé en Conseil d’État. Le moins qu’on puisse dire est que l’affaire s’est faite dans une transparence très approximative et dans une ambiance semi hostile comme en témoigne la réaction d’une partie des élus locaux qui soupçonnent des droits de gestion excessifs accordés en sous main par le gouvernement français à la partie chinoise.
Un « pacte d’investisseurs » contre nature…
Contrairement aux informations ayant d’abord filtré de Bercy, le premier ministre et le ministre des finances ont après la réaction des élus locaux – première anomalie témoignant d’un gestion très brouillonne de l’affaire - assuré que l’État ne se dessaisirait pas des 10,01% qu’il détenait toujours et que les acteurs locaux garderont le contrôle de l’entreprise grâce aux 25% des parts de la Chambre de commerce et des 15% constitués par celles des collectivités locales (agglomération de Toulouse métropole, département de Haute-Garonne et Région Midi-Pyrénées).
Mais des doutes sur la fiabilité de cette affirmation on rapidement surgi – deuxième irrégularité encore plus grave – quand des documents mis en ligne le 7 décembre 2014 par le site Mediapart montrèrent qu’Emmanual Macron avait, au nom de  l’État français, signé un accord avec l’investisseur chinois liant le gouvernement français aux décisions de la partie chinoise. Selon Laurent Mauduit, journaliste d’investigation co-fondateur de Mediapart, cet arrangement « trahissait les alliés naturels » du pouvoir que sont les collectivités locales (..) « En clair », ajoutait Mauduit, « les investisseurs chinois sont des actionnaires minoritaires, mais l’État français leur offre les clefs de l’entreprise pour qu’ils en prennent les commandes ».
La suite des informations révélées par Mediapart et reprises par le Nouvel Observateur détaillait les procédures qui permettaient ce subterfuge. Sur les 15 membres du Conseil de surveillance, 2 devaient être nommés par les pouvoirs publics et 6 par l’investisseur chinois. Les 7 autres représentant les collectivités locales.
Mais, selon l’accord confidentiel confinant à la trahison par un haut fonctionnaire de sa parole et des intérêts français, les 2 représentants du gouvernement auraient été sommés de s’engager « sauf pour motifs légitimes » à voter comme les actionnaires chinois à l’occasion, dit Mediapart, des « décisions importantes ». « Autrement dit », conclut Laurent Mauduit, « les huit membres Chinois et Français du Conseil de surveillance, liés par un pacte, garantiront aux investisseurs chinois minoritaires de faire strictement ce qu’ils veulent ».
…sous de fortes contraintes financières.
On peut s’interroger sur les raisons qu’auraient les pouvoirs publics et un haut fonctionnaire de brader ainsi et d’une manière si peu transparente le contrôle d’une entreprise bénéficiaire qui affichait en 2013 un résultat d’exploitation de 10,6 millions d’€ pour un chiffre d’affaires 117,4 millions d’€, en augmentation de 2% par rapport à 2012. Le besoin de « cash » d’un État en faillite est une première explication d’autant que les Chinois ont proposèrent 308 millions d’€ soit entre 20 et 50 millions de plus que les offres des trois candidats français à la reprise : Natixis, Vinci Invest, associé à la Caisse des Dépôts et Aéroports de Paris allié à l’assureur Predica.
L’autre motivation directe et non des moindres qui, financièrement, dépasse de loin les affaires locales est que l’un des investisseurs chinois à Blagnac, China Aircraft Leasing Group Holdings Limited (« CALC ») enregistré à Hong Kong avait annoncé le 2 décembre 2014 (soit deux jours avant la publication par Paris du choix de l’investisseur chinois) qu’il avait conclu un accord pour l’achat livrable entre 2016 et 2022, de 100 Airbus A 320 (10 A 321-200, 16 A 320-200, et 74 A 320 NEO), pour un prix global de 8,3 milliards d’€.
Une transaction dans laquelle l’État chinois est directement impliqué par le truchement de ses bras financiers que sont la China Development Bank et de l’Exim Bank qui, à cette occasion prêtèrent au total 2,5 Mds d’€ à CALC, soit 30% du montant total de la transaction.
Si on élève la réflexion au niveau stratégique, il est légitime de se demander s’il était bien prudent d’introduire dans le Conseil de surveillance du gestionnaire de Blagnac un actionnaire dont les moyens de pression sur des intérêts industriels européens sont aussi puissants. Monsieur Macron qui à l’occasion se flatte de son immaturité politique dont il cherche à faire un argument de campagne, a, en l’occurrence, fait preuve d’un grande légèreté commerciale et stratégique.
Était-ce vraiment la seule solution ?
« Ne pouvait-on pas faire autrement ? » interrogeait justement la député socialiste de la 1re circonscription des Hautes Alpes Karine Berger. Polytechnicienne, haut fonctionnaire, membre de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale, elle considérait en effet que l’aéroport de Toulouse a été « bradé » et que l’État aurait pu s’engager financièrement pour garantir sa propre indépendance et se garder d’un sulfureux mélange des genres entre la gestion de Blagnac et l’accès au marché aéronautique chinois du groupe européen Airbus.
A ces interrogations dont il faut souligner qu’elles ne furent pas motivées par une soi-disant phobie anti chinoise, comme le laissait entendre Emmanuel Macron pour se dédouaner des critiques, mais bien par le caractère brouillon, opaque et pour le moins étrange d’une procédure discrètement engagée à l’été 2014, il faut ajouter deux autres préoccupations qui elles aussi ne sont pas anodines.
La première est directement liée à la nature même des fonds d’investissements, acteurs connus de la finance internationale dont une partie des capitaux sont réfugiés dans des paradis fiscaux, précisément unanimement dénoncés par la classe politique française. La deuxième inquiétude se nourrit des déclarations chinoises concernant le développement de l’aéroport dont une partie est plus proche de la propagande que de projets dûment chiffrés et argumentés.
Les investisseurs chinois sont Le Shandong High Speed Group contrôlé par la province du Shandong et le loueur d’avions CALC, cité plus haut qui reçoivent l’appui technique du canadien LAVALIN, groupe québécois de constructions, spécialistes des fusions acquisitions sous la férule de Bernard Lamarre qui gère déjà 16 aéroports en France. L’attelage sino-canadien est désigné par l’appellation « Symbiose », nom officiel du candidat à l’appel d’offres lancé par l’État français.
Avant la décision de Paris, alors que la polémique faisait rage à Toulouse, France Info avait révélé que le groupe canadien avait été radié par la Banque Mondiale de toute opération de financement après un vaste scandale de corruption au Bangladesh. Ce n’est évidemment pas le cas, à Toulouse. Mais, selon France Info, le groupe courrait le risque d’une interdiction en appel d’offres d’État, suite à une disposition de la loi française relative à la prévention de la corruption. Il est vrai qu’aujourd’hui sa participation à Blagnac n’est que technique. Mais on reste un fois de plus rêveur devant un ministre de l’économie si peu regardant.
Quant au Shandong High Speed Group, partie du Friedmann Pacific Investment Group (FPIG), créé et installé à Hong-Kong, il dispose d’une holding, Capella Capital Ltd, immatriculée aux Iles Vierges et détenue par le président de FPIG, Mike Poon et son épouse. Diplômé de l’université de Hong-Kong spécialiste des fusions-acquisitions à la bourse de HK, Monsieur Poon est également le Directeur exécutif de la China Aircraft Leasing Company (CALC), dont la directrice commerciale madame Liu Wanting, est aussi la PDG d’AIRBUSAC enregistré aux îles Cayman.
Enfin, comme si tout cela ne suffisait pas à prouver l’amateurisme brouillon du ministre prêt à s’acoquiner avec n’importe qui pourvu qu’on lui fasse miroiter des capitaux, à l’été 2015, Mike Poon, le financier trouble président d’un fond domicilié dans un paradis fiscal a disparu pendant de longs mois avant de démissionner du conseil de surveillance de Blagnac par une lettre adressée le 18 septembre 2015 à Anne Marie Idrac. 

Des affichages chinois imprudents et contreproductifs.

Viennent enfin les affichages emphatiques du consortium Symbiose dont certains tiennent plus du battage publicitaire et dont les effets ont d’ailleurs déjà commencé à alerter les riverains de Blagnac inquiets des conséquences de la croissance de l’aéroport sur leur environnement. Parmi les signataires du recours en Conseil d’État, Chantal Beer-Demander présidente de l’association de riverains « Collectif contre les nuisances aériennes de l’agglomération toulousaine », estime déjà que le projet avancé par Symbiose de triplement des vols à l’horizon 2030 est inacceptable alors que, dit-elle, « les riverains sont déjà malades du bruit ».
Ayant peut-être mal estimé les réactions locales attachées à la qualité de vie, les repreneurs chinois ont imprudemment annoncé qu’ils entendaient faire de Toulouse une plateforme européenne de correspondance aérienne, nouveau point d’entrée en Europe des compagnies chinoises et asiatiques, avec l’objectif de 18 millions de passagers en 2030 et 20 millions d’ici 2047.
Un affichage manifestement exagéré puisque la croissance moyenne annuelle envisagée serait dans ce cas supérieure à 8%, très au-dessus de celle des plus grands aéroports européens au cours des 40 dernières années, plus proche de 5% (France Info du 7 décembre 2014).
Plus encore, rien ne dit que les investisseurs pourront faire atterrir à Blagnac les grandes compagnies chinoises comme China Eastern et China Southern qui, pour se poser à Toulouse, devraient payer des droits de trafics supplémentaires ouverts par l’État. Ces derniers s’ajouteraient à ceux qu’ils déboursent déjà pour atterrir à Roissy, plateforme à laquelle ils ne pourront renoncer sans l’accord de l’alliance Skyteam dont ils font partie avec Air France-KLM (60 millions de passagers en 2013 avec des connexions vers le monde entier et toute l’Europe).
Enfin, chacun comprend bien que les possibilités de grande plateformes européennes sont limitées et que Toulouse Blagnac, pour l’instant dédié au trafic domestique européen aura du mal à concurrencer les « hub » déjà existants. Ne serait-ce que celui de Barcelone, 250 km à vol d’oiseau de Toulouse qui a accueilli 35 millions de passagers en 2013.
Au demeurant, les dernières informations flottant autour de cette affaire laissent entendre que « Symbiose » qui a proposé de revendre à un investisseur français 16% des parts qu’il vient d’acheter (ce qui ramènerait sa participation à 33,99%), est prêt à réduire la voilure d’un projet dont il avait peut-être sous estimé les contraintes.

L’élan européen de la Chine et l’aménagement du territoire.

Les polémiques et les doutes autour d’une affaire plutôt mal engagée sont, pour de multiples raisons contradictoires, probablement loin d’être éteints. Le gouvernement aux abois dont les caisses sont vides et dont le caractère brouillon dans cette affaire saute aux yeux, a accepté l’investissement du principal client chinois d’Airbus.
Quoi qu’en disent les communiqués officiels, cette imprudence a mis l’État français en porte à faux vis-à-vis des collectivités locales effrayées par le battage publicitaire d’un financier dont le pouvoir arbitraire au sein du Conseil serait encore renforcé par le poids exorbitant que lui confèrent ses entrées directes vers le marché aéronautique chinois exprimé par le récent contrat de 100 appareils.
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Comment, quand on prétend à la magistrature suprême est-il possible de se laisser aller à tant d’imprudences assorties d’un style d’action opaque ayant mené en bateau les collectivités locales dont l’Etat aurait au contraire du se montrer un ardent défenseur.

Comment est-il possible de donner à des investisseurs étrangers dont l’amateurisme saute aux yeux, les clés d’une emprise publique bénéficiaire. A bien des égards, il y a là de quoi douter non seulement des capacités techniques d’Emmanuel Macron, mais aussi et surtout de son réel attachement aux intérêts français. Puisqu’on cherche sans cesse la faute morale, en voilà une très préoccupante qui devrait inciter les électeurs à la méfiance. FD



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