par Thierry Benne, le 14 mars 2017
lecture : 7 min
lecture : 7 min
Programme
Macron :
Les retraités ont du souci à se faire !
Les retraités ont du souci à se faire !
Mais pourquoi les retraités devraient être inquiets ?
L’IREF énumère sept raisons suite aux propositions qui figurent dans le
programme d’Emmanuel Macron et qui vont considérablement affecter le pouvoir
d’achat des retraités.
Sommaire
1 – Le premier a trait à l’augmentation générale de 1,70 point
du taux de la CSG. On sait que, comme tous les autres revenus de remplacement,
les retraites bénéficient d’un taux spécifique à 6,60%. Certes le candidat
précise qu’échapperont à l’augmentation les retraités bénéficiant de taux
réduits, mais sans précisément indiquer lesquels, si bien qu’on ne sait pas si
le taux spécifique de 6, 60% inférieur au taux de droit commun de 7, 50% fait
ou non partie desdits taux réduits. Pire encore, rien n’indique dans le
programme si c’est ce taux qui sera augmenté de 1,70% auquel cas la CSG
retraite passerait à 8,30% (soit une augmentation quand même de plus de 25%) ou
si tout simplement les retraités rejoindront d’abord le taux général de
7,50 % avant l’application de la majoration de 1,70 point, soit alors un
prélèvement total de 9,20% auquel cas l’augmentation de 2,60 points passerait à
près de 40% ! Or on sait que dans un programme, l’ambiguïté profite
toujours au candidat, jamais à ses électeurs !
2 – Même incertitude, même ambiguïté, à propos du sort des deux
cotisations maladie (1,00%) et dépendance (0,30%) qui pèsent sur les retraites.
Si on sait bien que les cotisations maladies et chômage disparaitront des
retenues salariales en procurant donc aux salariés une économie de 3,10% sur
leur salaire, rien de semblable n’est annoncé quant à l’éventuelle suppression
de la cotisation maladie des retraités, ni de celle de leur contribution
dépendance.
3 – Si donc pour les salariés le calcul de l’incidence nette de
la réforme est simple et aboutit à une économie de 3,10 – 1,70 = 1,40% (par
souci de simplification, tous nos calculs négligeront la réduction de base de
1,75%) de leur salaire augmentant conséquemment leur pouvoir d’achat, il en va
tout autrement pour les retraités laissés piteusement dans l’incertitude. En
effet, sauf -hypothèse peu probable- à ce que le taux de 6,60% soit considéré
comme un taux effectivement réduit, ils peuvent espérer au mieux que leur
pouvoir d’achat ne sera amputé que de 1,70 – 1,30 = 0,40%, si la déduction des
cotisations maladie et dépendance est admise, alors que dans le cas contraire,
il pourra l’être au pire de 2,60% (= 9,20 - 6,60). De toute manière face à
l’impôt, il est clair que le plan Macron opère une discrimination au détriment
des retraités, puisque ces derniers seraient pour l’instant les seuls à laisser
des plumes dans la réforme, qui profite au contraire à l’ensemble des salariés
et plus largement encore aux autres actifs. L’écart est significatif puisqu’en
période de quasi-blocage des pensions, les actifs gagneraient :
- 1,40%
là où les retraités perdraient au moins 0,40% (écart résultant avec les
salariés = 1,80%, soit 1,40 + 0,40),
- plus probablement 1,70% pour une CSG à 8,30% (écart comparatif résultant porté alors à 3,10%, soit 1,40 +1,70)
- et peut-être même 2,60% pour une CSG à 9,20% (écart comparatif résultant = 4,00%, soit 1,40 + 2,60).
- plus probablement 1,70% pour une CSG à 8,30% (écart comparatif résultant porté alors à 3,10%, soit 1,40 +1,70)
- et peut-être même 2,60% pour une CSG à 9,20% (écart comparatif résultant = 4,00%, soit 1,40 + 2,60).
Il s’agit de toute manière d’un sérieux coup de canif à
l’équilibre entre les générations, comme si, avec ce déclassement des
retraités, s’enclenchait sournoisement cette euthanasie financière qu’appellent
de leurs vœux plusieurs économistes. Ces derniers visent en effet à réduire
drastiquement le poids des retraites au profit d’autres acteurs, mais en
oubliant tout simplement qu’avant de percevoir leurs pensions, la plupart des
retraités ont acquitté durant quatre décennies au moins de lourdes cotisations
qui devraient leur avoir acquis quelques droits. Quoi qu’il en soit, cet
arbitrage entre actifs et retraités, ouvertement défavorable aux derniers, qui
plus est, réduits au pain sec ces dernières années, mérite au moins quelques
sérieuses explications. Or pour l’instant, on est obligé de constater qu’elles
font cruellement défaut et que le candidat est particulièrement discret sur ce
point important de son programme.
4 – Par ailleurs, le candidat veut s’en prendre à l’emploi des
provisions des régimes de retraites qu’il souhaite rediriger à hauteur de
quelque 15 à 20 milliards d’euros en direction de l’investissement en
entreprise, via notamment des fonds de pension. Sans nécessairement critiquer
cette orientation destinée à redynamiser notre économie, on ne peut reprocher
aux retraités de nourrir quelque appréhension vis-à-vis d’une réforme qui n’est
pas exempte de risques, si on ne l’assortit pas de sérieux garde-fous. Or on
peut douter sérieusement de la compétence et de la pertinence des autorités
publiques pour définir ces garde-fous, alors que malgré leurs innombrables
corps de contrôle et d’inspection, tous plus prestigieux les uns que les
autres, elles n’ont pas su éviter toute une série des désastres financiers
comme la faillite du Crédit Lyonnais, la recapitalisation forcée d’Air France,
la descente aux enfers d’Aréva, le lent dévissage d’EDF ou la claudication
persistante de la SNCF, tout le monde s’accordant en sus pour dénoncer la
piètre qualité d’actionnaire de l’État. Bien entendu de ces garanties, de ces
précautions indispensables pour que les fonds de pension à la française soient
rigoureusement sélectionnés, prudemment gérés et sérieusement contrôlés par
des autorités de préférence privées et strictement indépendantes, pas un mot
comme si le plus important était que le monde financier puisse fondre sur une nouvelle
épargne dont il s’empresserait d’extraire d’intéressantes commissions, sans
avoir à garantir raisonnablement la sécurité, ni la pérennité de ses choix.
5 – Toujours à propos d’épargne, on sait qu’en moyenne chaque
Français épargne environ 16% de ses revenus annuels. Or compte tenu des
incertitudes et des réformes incessantes qui affectent leurs retraites, nombre
de Français ont pris la précaution de se constituer une assurance-vie pour
leurs vieux jours. Jusqu’alors, celle-ci – dés que souscrite au moins
depuis 8 ans - n’acquittait en cas de retrait que des prélèvements
sociaux de 15,50% sur les revenus capitalisés dans la limite d’un plafond
annuel de € 4 600 pour un contribuable isolé, € 9 200 pour un couple.
L’imposition à l’impôt sur le revenu au taux réduit de 7,50% ne commence en
effet qu’au-delà de ces plafonds. Manifestement tel qu’en l’état, le plan
Macron n’a cure de ces subtilités et porte immédiatement à 30% le prélèvement
sur les produits de l’assurance-vie, soit une augmentation d’impôt de 94%
(30,00/15,50) sur la partie sous plafond et d’un peu plus de 30% au delà (soit
30,00/23,00) lorsque les retraits intègrent un revenu excédant les plafonds
précités ! Certes, devant la levée de boucliers de tous les professionnels
de l’assurance-vie, le candidat a concédé ne plus vouloir appliquer sa réforme
qu’aux nouveaux versements, ce qui compliquera un peu plus une fiscalité où les
assureurs ne font rien pour faciliter le suivi dans le temps des revenus
acquis. Belle augmentation quand même pour quelqu’un qui prétend sans rire
vouloir restituer du pouvoir d’achat aux Français, promouvoir la capitalisation
et réduire la dépense publique.
6 - En outre, le candidat s’est fait fort d’exonérer de cet
impôt 80% des redevables actuels de la taxe d’habitation, l’État venant se
substituer à ces "affranchis" pour régler l’impôt communal. On
glissera sur l’évident racolage électoral qui met en péril l’autonomie des
collectivités territoriales, comme sur la croix qui est ainsi faite sur une
véritable révision de valeurs cadastrales devenues folles. Mais le vrai
problème, c’est que de mémoire de fiscaliste, de publiciste ou de contribuable,
on n’a jamais vu l’Etat tenir ni complétement, ni durablement ses engagements.
Les exemples abondent en effet où, prétextant toujours une circonstance
imprévue ou quelque nouvelle condition, il rabote rapidement ses versements.
Or, dans le plan Macron, on voit déjà poindre des exigences de bonne gestion
des collectivités territoriales qui fourniront sans peine le prétexte
nécessaire pour permettre à l’État de se désengager progressivement dans les
années qui suivent. Et ce n’est pas aux retraités que l’on apprendra ce qui se
passera alors, les collectivités territoriales ayant toujours eu une très
fâcheuse tendance à transformer en impôt local les sommes que l’État ne leur
verse plus. Par ailleurs, cette exonération parfaitement démagogique venant
s’ajouter à celles déjà existantes incitera inévitablement l’immense majorité
des locataires à demander toujours plus à leurs élus, puisqu’en définitive ils
seront exonérés de toute participation aux charges locales. Or les retraités
savent bien que c’est dans leurs propres rangs que se trouveront une bonne
partie des contribuables qui, exclus de toute exonération, vont devoir au fil
des ans faire face à de fortes augmentations d’impôts pour combler les déficits
dus tant au cumul des moins-values à venir sur les concours que l’État va
tailler en biseau qu’au coût des exigences croissantes de la démagogie
ambiante.
7 – D’autre part, les retraités propriétaires d’un logement ont
tout à craindre du flou qui entoure actuellement le sort de la taxe foncière,
elle aussi un temps promise à la disparition, avant que la question ne quitte
brutalement l’actualité pour être récemment recyclée dans le nouvel ISF.
Précisément pour cet ISF, que le candidat avait d’abord début 2016 envisagé de
supprimer, mais qu’en définitive il conserverait, tout en le recentrant sur la
"rente foncière" (terme exquis avec son discret relent de lutte des
classes !), le doute demeure à la fois quant au sort fiscal des actifs
mobiliers (dont précisément les assurances-vie) autres que les valeurs
d’entreprises exonérées et quant aux taux définitivement retenus et aux barèmes
utilisés. En effet si comme annoncé, ces derniers demeureraient prétendument inchangés
alors que chuteraient les bases d’imposition cantonnées aux seuls biens
fonciers, il y a fort à parier que le produit du nouvel ISF se réduirait
rapidement à une peau de chagrin mettant en cause sa subsistance. On le voit,
il règne plus qu’un certain flou sur les intentions du candidat. Cela fait
pourtant partie des choses qu’un électeur a le droit de savoir avant de se
déterminer. Enfin la poursuite ou l’abandon de la réforme actuellement en cours
de la généralisation de la retenue à la source ne sont pas davantage évoqués,
alors que les retraités actuellement assujettis à l’impôt sur le revenu peuvent
légitimement craindre, la Gauche ne s’en est pas cachée, que ladite retenue ne
serve de cheval de Troie à un prochain renforcement de la progressivité, via un
nouvel impôt unique sur le revenu incorporant la CSG.
En résumé, il demeure beaucoup encore – et disons-le tout net –
beaucoup trop de zones d’incertitudes pour un programme qui aurait dû tirer de
sa publication tardive un degré supérieur de finition et d’information. Or ce
dernier fait encore manifestement défaut. Quant à ce qu’on sait vraiment
déjà :
- avec
l’augmentation de la CSG sans contrepartie annoncée,
- avec la réorientation d’une part des provisions constituées par les Caisses de retraite vers les risques d’entreprise, sans indiquer les précautions prises pour garantir la sécurité des nouveaux placements,
- avec la sur-taxation prochaine de l’assurance-vie,
- avec l’extension démagogique de l’exonération de la taxe d’habitation,
- et avec enfin la constatation douloureuse de la diminution continue de leur pouvoir d’achat accentuée encore par le long blocage de leurs pensions,
- avec la réorientation d’une part des provisions constituées par les Caisses de retraite vers les risques d’entreprise, sans indiquer les précautions prises pour garantir la sécurité des nouveaux placements,
- avec la sur-taxation prochaine de l’assurance-vie,
- avec l’extension démagogique de l’exonération de la taxe d’habitation,
- et avec enfin la constatation douloureuse de la diminution continue de leur pouvoir d’achat accentuée encore par le long blocage de leurs pensions,
les retraités n’ont nul lieu d’être satisfaits de mesures qui
manifestement les rangent d’ores et déjà parmi les principaux perdants du
programme du candidat.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire