jeudi 23 mars 2017


Les lamentations d’un pompier pyromane.
François Danjou. Mars 2017.
Récemment, dans un éditorial, Christophe Barbier passé à BFM TV à l’automne 2016, se lamentait du champ de ruines de la politique française et des risques que ce chaos faisait courir aux partis politiques, à la démocratie et à la 5ième République. Dans la dernière phrase de son alarme, il doutait que  les Français soient encore à la hauteur du « rêve révolutionnaire ».
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Une image vient immédiatement à l’esprit. Celle du pompier pyromane en partie responsable de l’incendie qui gronde, avec la nébuleuse moralisatrice des doctes commentateurs sûrs d’eux-mêmes qui, depuis des lustres, édulcorent la réalité, repoussent à coups d’anathèmes les extrêmes hors du système politique et, au lieu de s’en tenir aux faits, abreuvent les citoyens de leurs « idées christiques devenues folles » que même les maîtres à penser athées de la police politique mettent en avant pour se donner bonne conscience morale à peu de frais. 
Qui n’a pas entendu Christophe Barbier ou ses acolytes adeptes du relativisme et de la déconstruction expliquer qu’avoir des dettes pouvait être une bonne chose, que la modernité consistait à travailler moins, que l’éducation devait placer l’enfant au cœur de l’école, que les examens, le redoublement et l’autorité pouvaient perturber la sacro-sainte spontanéité des élèves, que les inquiets d’un excès d’immigration étaient d’affreux réfractaires à la modernité, ou encore que la peur de l’Islam était un pêché mortel.
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Dire comme Barbier que l’incendie qui commence à crépiter dangereusement menace à la fois les partis et la constitution est une Lapalissade.
La 5ième République n’a t-elle pas, dans son essence, été imaginée pour tenir les partis à distance de l’exécutif que, sous la IVième République, ils avaient pris en otage ? Et quand la gauche suivie par la droite, imagina des primaires dont l’intention cachée était de remettre en selle les partis, monsieur Christophe Barbier s’en est-il offusqué ? Quand Jacques Chirac décida, par confort électoral, de réduire le mandat présidentiel à 5 ans pour échapper au spectre de la cohabitation, les commentateurs aveugles qui, aujourd’hui, crient à la catastrophe, se sont-ils élevés contre cette rupture de l’équilibre institutionnel ?
Supprimant le seul contre-pouvoir efficace, la réforme irresponsable du bulldozer politique du RPR troublait la subtile alchimie constitutionnelle de Michel Debré, consacrant définitivement le parlement comme « une assemblé godillots » faisant, en théorie, du Président de la république française le chef de l’exécutif proto-monarchique le moins contrôlé de la sphère occidentale. Au lieu de jouer leur rôle de contre-pouvoir, les médias chevauchant la vague démagogique des opinions à courtes vues, ont applaudi à cette réforme comme un modernisme qui, en réalité n’était qu’un « casse ».
Pire encore, quand, depuis 15 ans, la classe politique française hypocrite se satisfait que près de 30% des électeurs soient ostracisés par un arrangement de l’entre soi partisan affublé de l’appellation contre nature de « vote républicain », quel média de la nébuleuse à laquelle appartient Christophe Barbier a relevé l’anomalie équivalant à visser le couvercle d’une lessiveuse sous laquelle on attise le feu.
Décidément, il est bien temps que les pleureuses dont l’aveuglement moutonnier est en partie responsable du naufrage, poussent des cris d’alarme.
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Oui les institutions craquent et la situation devient dangereuse, d’autant que le pays est soumis à une masse critique de défis dont aucun n’a de solution simple à court terme. Dettes insupportables, chômage, société fracturée, menaces terroristes, questionnements identitaires et religieux porteurs de haine, tels sont, entre autres, les ingrédients de l’incendie, mais que les adeptes de la nuance édulcorée occultent systématiquement par un discours anesthésié, tournant les lanceurs d’alerte en ridicule avec l’aide des humoristes rabâcheurs, bêlant avec la plèbe.
Même quand il sonne le tocsin, Christophe Barbier, le pédagogue dont la petite musique ne sort jamais des clous de ses préjugés tendancieux, ne peut pas s’empêcher de glisser dans ses alarmes une appréciation sectaire. Contre l’évidence, et malgré le succès du rassemblement du 5 mars au Trocadéro organisé à la hussarde en 3 jours, il parle des  « élus des Républicains épouvantés par le naufrage de François Fillon » ; Le Sarthois serait aussi une « grenade dégoupillée ». Veut-il dire par là qu’il serait une menace pour la France ? Pour son Parti ? Pour l’oligarchie ?
Accusé sans être nommé, d’être l’auteur « d’exactions spectaculaires » - excusez du peu - que seraient ses coquetteries vestimentaires et une appétence pour sa famille, Fillon est pour Barbier, le mouton noir tragique du paysage politique française, alors que Macron fabrication du système oligarchique socialiste qui n’en finit pas de mourir de ses préjugés idéologiques, incarne par l’image du « missile sol-air » dont le pare Barbier, la puissance destructrice du renouveau. Alors même qu’étant aux affaires son action fut plus prosaïque que réellement réformatrice et que son programme présidentiel n’est  qu’une bouillabaisse cuite à la va-vite des bonnes idées de tous les autres candidats, noyées dans une messe incantatoire ponctuée de spontanéités affectives tellement étudiées qu’elles frisent le ridicule.
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Enfin, Christophe Barbier le commentateur pédagogue, docte et sûr de lui, génie de l’analyse, manque cependant la partie la plus sensible de l’image : la fragilité congénitale au cœur de la  5ième République qui aujourd’hui montre ses limites.
La constitution gaullienne est en effet un texte institutionnel héroïque fabriqué pour un héros. En l’absence d’un géant politique pétri de culture française et auréolé de ses hauts faits d’histoire, elle ne fonctionne pas. Après la mort du Connétable et celle de Pompidou, le héros par héritage adoubé par le « Père », aucun des successeurs ne se montra à la hauteur, laissant les Français en quête désespérée d’un rédempteur qui n’est jamais venu.
Depuis  Giscard le narcissique que son maniérisme de premier de la classe avait coupé des Français, jusqu’à Hollande l’apparatchik devenu socialiste par opposition au père d’extrême droite, en passant par Mitterrand l’imposteur qui organisa un attentat contre lui-même, ou encore Chirac paralysé par « la fracture sociale », euphémisme qui, déjà, désignait la rupture républicaine à l’œuvre dans les banlieues qu’il ne voulait pas voir et, enfin, Sarkozy qui gouvernait avec agitation, l’œil rivé sur les sondages, changeant de convictions au gré de l’opinion, les Français brûlent d’autant plus leur dernière idole élue, qu’ils s’aperçoivent de plus en plus rapidement qu’elle n’est pas celle qu’ils attendaient. 
Après Giscard, la lumière mitterrandienne tant attendue n’a pas remplacé l’ombre ; Chirac roi fainéant immobile, n’a pas osé porté le fer dans la plaie des banlieues en dehors d’une réaction d’humeur à une Marseillaise sifflée au Stade de France ; Sarkozy qu’on croyait énergique n’a fait illusion que quelques semaines discrédité par ses emportements tapageurs et son activisme tous azimuts, tandis que François Hollande présenté comme une homme de synthèse a accumulé les provocations sociétales radicales pour se prouver à lui-même sa générosité utopique, n’hésitant pas à creuser les fractures ethniques et religieuses en flattant les minorités et l’électorat des banlieues.
Régime héroïque qui ne trouve plus son rédempteur, la 5ième République est en train de mourir sous les coups prosaïques de l’air du temps où les héros deviennent rares. Car, contrairement à ce que croit Barbier, ce ne sont pas les peuples qui font les révolutions, mais ceux qui se font accepter par lui comme un démiurge tutélaire à qui le suffrage universel tient désormais lieu de « Sainte Ampoule. »
La constitution gaullienne est-elle à bout de souffle ? C’est bien probable. Elle a été épuisée par les accommodements, les tripatouillages, les mensonges et le contresens congénital du retour des partis, eux-mêmes discrédités. Il faudra un jour en prendre acte.
Mais, pour l’heure, comme dit François Fillon, le plus urgent est d’éteindre l’incendie qui gronde. Celui que les pompiers pyromanes qui veulent tout et son contraire ont allumé et ne cessent d’attiser. FD

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