Consigny - Macron : les grands mots sans grands remèdes
Il parlait naguère sans langue de bois. Devenu candidat, le fondateur d'En marche ! a lissé son discours alors que le pays a besoin d'une thérapie de choc.
Par Charles Consigny
Publié le
| Le Point.fr
Emmanuel Macron s'est livré à un grand numéro de politiquement correct, samedi 1er avril, lors d'un meeting à Marseille. Il a scandé autant de nationalités qu'il y avait de drapeaux étrangers dans les rues de Paris le soir de la victoire de François Hollande en 2012, et déclamé qu'au-delà des Maliens et des Algériens qu'il avait devant lui, il voyait « des Marseillais ».
Autant on peut saluer l'aspiration ainsi manifestée d'aller au-delà des appartenances communautaires, autant un éloge aussi peu nuancé du multiculturalisme laisse songeur quand on se rappelle l'immense défi que cela représente pour la France, en particulier s'agissant de la radicalisation religieuse. On attendait autre chose de quelqu'un qui parlait sans langue de bois, il y a quelques mois à peine, de certains tabous français, comme notre éternel complexe vis-à-vis de l'argent.
Et si la droite avait raison ? Et si le candidat « en marche » n'était qu'une réincarnation de son ancien mentor, François Hollande ? Même propension à la synthèse floue, aux grands mots sans grands remèdes ? On avait vu arriver quelqu'un qui voulait redonner aux jeunes Français l'envie de réussir, et même caricaturalement, « devenir milliardaires », on découvre une sorte de candidat marketing, comme fabriqué par des agences de pub, le héros des cyclistes à barbe qui « bossent dans la prod » et des mangeurs de quinoa qui bossent eux aussi dans la prod (tout le monde à Paris travaille dans la prod).
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Par ailleurs, 70 % de l'impôt sur le revenu est payé par 10 % seulement des foyers fiscaux, les plus aisés. Va-t-on encore essayer de faire croire que les riches ne sont pas assez taxés en France, malgré l'évidence des chiffres ? Ou bien va-t-on prendre conscience que cette concentration de l'impôt sur un petit groupe de personnes, qui est une spécificité de notre pays, est totalement contre-productive, puisqu'elle aboutit à un exil massif des plus fortunés vers des cieux plus cléments ?
Alors c'est sûr, celui qui propose ce traitement de choc, c'est François Fillon, et il est devenu pour beaucoup inaudible en raison de ses turpitudes personnelles. Il a néanmoins le mérite de ne pas faire campagne uniquement avec des symboles et des phrases sans lendemain. Le chantage au Front national avec Macron pour seul rempart devient un peu court et fait surtout ressurgir la vieille technique de la gauche qui consiste à utiliser le parti d'extrême droite pour parasiter la droite et imposer une chape de plomb sur le débat politique. Ça n'est pas parce que le FN est en embuscade qu'il faut s'interdire d'aborder certains thèmes ou s'obliger à voter en fonction des sondages, qui finissent par devenir des prophéties auto-réalisatrices. Chacun doit pouvoir exprimer ses convictions. Allez, plus que trois semaines !
Autant on peut saluer l'aspiration ainsi manifestée d'aller au-delà des appartenances communautaires, autant un éloge aussi peu nuancé du multiculturalisme laisse songeur quand on se rappelle l'immense défi que cela représente pour la France, en particulier s'agissant de la radicalisation religieuse. On attendait autre chose de quelqu'un qui parlait sans langue de bois, il y a quelques mois à peine, de certains tabous français, comme notre éternel complexe vis-à-vis de l'argent.
De belles images, mais quelle politique ?
La campagne d'Emmanuel Macron s'« obamise » : on fait de belles images, on discourt sur des symboles et des valeurs, on est « sympa », on dit du bien de tout le monde – à part des adversaires politiques, qu'on brutalise volontiers. Pour quelle politique ? Quelles réformes ? La France n'a pas besoin que son Premier ministre soit une femme, que son gouvernement soit paritaire, que ses entreprises soient soumises à des « testings » pour vérifier qu'elles ne pratiquent pas de discrimination à l'embauche, pas besoin d'une start-upisation généralisée de tout et n'importe quoi, pas besoin de donner 500 euros d'argent public à tous les jeunes dès leurs 18 ans pour qu'ils s'offrent des « produits culturels », elle a besoin de recommencer à créer des richesses et l'on discerne de moins en moins, dans les propositions d'Emmanuel Macron, ce qu'il ferait, s'il était élu, pour atteindre ce seul objectif qui vaille.Et si la droite avait raison ? Et si le candidat « en marche » n'était qu'une réincarnation de son ancien mentor, François Hollande ? Même propension à la synthèse floue, aux grands mots sans grands remèdes ? On avait vu arriver quelqu'un qui voulait redonner aux jeunes Français l'envie de réussir, et même caricaturalement, « devenir milliardaires », on découvre une sorte de candidat marketing, comme fabriqué par des agences de pub, le héros des cyclistes à barbe qui « bossent dans la prod » et des mangeurs de quinoa qui bossent eux aussi dans la prod (tout le monde à Paris travaille dans la prod).
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Travailler pour se payer un costard
Emmanuel, ressaisis-toi ! Où est passé le banquier de Rothschild qui conseillait à un jeune syndicaliste en tee-shirt de travailler pour se payer un costard ? L'urgence, c'est de faire redémarrer la croissance. Remettre en route l'économie française, aujourd'hui à l'arrêt à force d'être systématiquement empêchée par un secteur public qui interdit et surtaxe jusqu'à l'asphyxie. Les chiffres 2016 de l'Insee sont effrayants : la France est vice-championne d'Europe de la pression fiscale. L'État français prélève 45,5 % des richesses créées, alors que la moyenne de l'OCDE est à 34,4 %. À titre de comparaison, l'Espagne, qui n'est pas sous-administrée, est à 33,8 %.Par ailleurs, 70 % de l'impôt sur le revenu est payé par 10 % seulement des foyers fiscaux, les plus aisés. Va-t-on encore essayer de faire croire que les riches ne sont pas assez taxés en France, malgré l'évidence des chiffres ? Ou bien va-t-on prendre conscience que cette concentration de l'impôt sur un petit groupe de personnes, qui est une spécificité de notre pays, est totalement contre-productive, puisqu'elle aboutit à un exil massif des plus fortunés vers des cieux plus cléments ?
Traitement de choc
Si nous voulions refaire de la France un pays joyeux, imaginatif et fort, l'élection présidentielle de 2017 nous amènerait à désigner quelqu'un qui dégraisserait sans états d'âme le mammouth administratif, procéderait à des coupes claires dans les dépenses publiques et, corrélativement, à une réduction sans précédent des prélèvements obligatoires. Nous devons redevenir une cité qui laisse ses citoyens agir, et qui laisse ceux qui agissent profiter des fruits de leur travail, sans les entraver tous les cent mètres et sans les spolier.Alors c'est sûr, celui qui propose ce traitement de choc, c'est François Fillon, et il est devenu pour beaucoup inaudible en raison de ses turpitudes personnelles. Il a néanmoins le mérite de ne pas faire campagne uniquement avec des symboles et des phrases sans lendemain. Le chantage au Front national avec Macron pour seul rempart devient un peu court et fait surtout ressurgir la vieille technique de la gauche qui consiste à utiliser le parti d'extrême droite pour parasiter la droite et imposer une chape de plomb sur le débat politique. Ça n'est pas parce que le FN est en embuscade qu'il faut s'interdire d'aborder certains thèmes ou s'obliger à voter en fonction des sondages, qui finissent par devenir des prophéties auto-réalisatrices. Chacun doit pouvoir exprimer ses convictions. Allez, plus que trois semaines !
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